Auteur : Ninon Puttaert
Les algorithmes sont persuadés d’avoir percé le mystère du désir humain. Ils notent, croisent, tracent, compilent, et en concluent que si vous avez aimé une vidéo de cuisine italienne et un documentaire sur les chats, vous adorerez sûrement un tutoriel de carbonara féline.
Appliqué au domaine du porno, ce raisonnement atteint des sommets d’audace. Une recherche innocente suffit à entraîner un flot de suggestions qui vous fera douter de votre santé mentale. On commence avec “romance”, on finit avec “cosplay post-apocalyptique à thématique médicale”. L’algorithme, en bon cupidon mal calibré, tire à l’aveugle et s’étonne que vous ne tombiez pas amoureux.
Il faut dire qu’il a remplacé la complexité du désir par une logique de corrélation. Il ne distingue plus le fantasme de la curiosité, le trouble de l’ennui, ni la pulsion de la simple distraction. Pour lui, tout clic est un consentement. Or, Freud lui-même aurait trouvé la chose suspecte.
La vérité, c’est que l’algorithme n’a pas compris que le but érotique, comme il disait, n’est jamais fixe : il glisse, se transforme, s’évapore dès qu’on tente de le capturer. Le désir ne se prédit pas, il se surprend. C’est un bug magnifique dans le code de la nature.
Mais voilà : les plateformes ont horreur du vide et du silence. Elles remplissent les interstices par des recommandations, comme si l’ennui était un dysfonctionnement. Pourtant, c’est dans ce vide, cet espace où rien ne se passe encore, que le désir naît. L’algorithme, lui, ne laisse jamais de place à l’attente ; il veut tout de suite, et pour toujours.
Alors il suppose, il extrapole, il confond. Il croit savoir ce qu’on aime, mais il ne comprend pas pourquoi. Et c’est là qu’il trahit sa nature : un système sans inconscient, sans rêve, sans vertige.
Peut-être qu’un jour, on inventera enfin une intelligence artificielle capable de ne pas tout savoir, de douter un peu, de désirer maladroitement. Ce jour-là, elle aura franchi la première étape vers l’humanité.
